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mercredi 14 décembre 2016

Fidel Castro et la question de la démocratie


Fidel Castro et la question de la démocratie

Mardi 13 décembre 2016
Eric Decarro juge que la mort de Fidel Castro a été marquée par une couverture médiatique partiale.
Après le décès de Fidel Castro, la plupart des médias occidentaux ont présenté ce dernier comme un dictateur, et Cuba quasiment comme une prison à ciel ouvert. Les critiques portant sur l’absence des libertés politiques, la liberté d’information ou d’expression sont certes fondées. Des erreurs ont été sûrement commises et des répressions exercées. Mais il faut quand même voir l’essentiel.
Il ne faudrait pas oublier dans quel contexte les libertés politiques ont été restreintes: Cuba a dû faire face pendant plus d’un demi-siècle aux tentatives de déstabilisation de son voisin, à l’impérialisme étasunien, aux efforts de la CIA pour y implanter des agents à sa solde, aux tentatives d’exploiter toutes les contradictions du régime cubain pour le renverser. Il a fallu tenir tête des années à ce puissant voisin en assiégé.
Il faut avant tout souligner la dimension anti-impérialiste de Fidel Castro, son internationalisme, son importance en Amérique latine, et même dans le monde entier, de par son soutien aux luttes de libération des peuples opprimés et colonisés. Mandela a ainsi déclaré que, sans la victoire des soldats cubains contre l’armée d’Afrique du Sud en Angola, il ne serait jamais sorti de sa prison.
Castro a su défendre l’indépendance de son pays, il a rendu au peuple cubain sa dignité, tout en éduquant la population cubaine à la solidarité avec les autres peuples. En même temps, il a su préserver la solidarité au sein de la population en dépit du boycott des Etats-Unis et de coups durs qui ont acculé les Cubains à une misère noire, notamment au moment de l’effondrement de l’URSS.
Les commentateurs ont soigneusement occulté les acquis de la révolution cubaine: à savoir l’énorme effort pour alphabétiser l’ensemble de la population, le développement de l’éducation, de la recherche, la construction d’un système de santé hors pair, gratuit pour tous les citoyens cubains, tout comme l’éducation. Et cela, malgré le blocus des Etats-Unis.
Cuba a envoyé des médecins, des enseignants, des alphabétiseurs, des ingénieurs dans de nombreux pays d’Amérique latine dans des échanges fondés sur la réciprocité.
Les commentateurs insistent sur la pauvreté qui règne à Cuba, mais s’abstiennent de comparer avec la situation des pays voisins d’Amérique centrale, dans lesquels sévissent la malnutrition, des taux de mortalité infantile record, la misère et une insécurité endémique.
Démocratie versus dictature: tous les commentaires tournent autour de cette opposition. La plupart des medias occidentaux tendent à considérer les formes démocratiques en vigueur dans nos sociétés comme une forme accomplie, un horizon indépassable répondant pleinement à cet idéal. Rien n’est plus faux! En fait, la forme démocratique occidentale est de plus en plus dévoyée: sous la forme démocratique se cache le pouvoir de plus en plus absolu de l’argent et cette forme tend de plus en plus vers un régime oligarchique. Quelle démocratie est-ce là, en effet, qui fonctionne systématiquement au profit d’une infime minorité de milliardaires dans le monde, ne cesse d’appauvrir la grande majorité de la population et de renforcer toutes les inégalités sociales? Qui sabre dans les services publics et renforce partout le pouvoir des multinationales tout en dépossédant les Etats/nations de leur pouvoir de décision? Qui aggrave toutes les inégalités entre pays riches ou pauvres? Et qui favorise la spéculation au niveau mondial et les activités prédatrices des multinationales au détriment des pays pauvres?
Les Etats-Unis, ce «magnifique modèle de pays démocratique», ont systématiquement organisé des coups d’Etat et implanté des dictatures en Amérique latine durant les années 1970-80, sans compter les agressions des contras contre le Nicaragua sandiniste, ni les nombreuses guerres conduites par les Etats-Unis contre les peuples, en particulier au Vietnam, au Laos ou au Cambodge, ou leur soutien à l’assassinat de 500 000 communistes indonésiens par leur laquais Suharto, dans les années 1960.
Alors quand on entend le milliardaire raciste, sexiste, xénophobe Trump, «élu parfaitement démocratiquement», se féliciter de «la mort d’un dictateur brutal», il y a de quoi s’indigner. L’élection de Trump? Un symptôme de ce dévoiement des formes démocratiques, mais aussi le résultat de politiques économiques qui ont renforcé partout les multinationales et abandonné les peuples à leur misère.
Pour nous, la démocratie est un enjeu pour lequel il faut combattre, contre les tendances oligarchiques et autoritaires en cours dans nos pays. Elle répond à notre idéal, celui d’une vraie démocratie, une démocratie au service des populations et fonctionnant dans le but du progrès social, de l’égalité et de la fraternité, de la coopération et de la paix dans le monde.
Eric Decarro, militant de gauche anticapitaliste, Genève.

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